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Message de Saint-Valentin : ma déclaration d'amour à la langue turque

  • Photo du rédacteur: Sof'
    Sof'
  • 14 févr.
  • 2 min de lecture

Le 14 février, j’ai envie de parler d’un amour qui ne m’a jamais flattée mais qui m’a tenue éveillée, un amour qui m’a fait douter de moi, plier devant des suffixes interminables, recommencer cent fois la même phrase avant d’accepter qu’elle sonne juste et qui pourtant m’a ouvert des territoires que je n’aurais jamais explorés autrement.

 


En effet, lorsque je me suis aventurée dans la langue turque, j’ai cru que je cherchais des mots ; en réalité, je cherchais une intensité relationnelle que je ne trouvais plus ailleurs et c’est dans ces petites expressions presque banales que j’ai compris que quelque chose se jouait à un autre niveau.

 

Dire « kolay gelsin », ce n’est pas seulement souhaiter bon courage, c’est reconnaître le travail en train de se faire, c’est entrer dans le rythme de l’autre, c’est poser un regard qui ne traverse pas mais qui s’arrête ; murmurer « eline sağlık » après un geste accompli, c’est remercier la main, c’est honorer le corps qui a donné. Lorsque je laisse échapper un « canım », je sens que la distance se fissure et que la relation s’humanise, puis quand je dis « sağ ol », je goûte une gratitude plus charnelle, moins polie, presque vibrante. Quant à « iyi ki varsın », cette phrase me bouleverse parce qu’elle affirme sans détour que l’existence de l’autre est un cadeau et je mesure alors combien une langue peut contenir une philosophie entière.

 

Et un jour dans un café d’Istanbul, tout allait bien jusqu’à cette voyelle. Un simple appel au serveur, un geste banal, presque mécanique… au lieu de lancer un anodin « Bakar mısınız », voilà que sort de ma bouche un très clair « Bekar mısınız ». Je ne voulais demander qu’un regard afin d’avoir un sütlaç… et j’ai demandé son statut matrimonial au serveur ! La phrase a glissé d’un geste poli à une question intime, en un déplacement minuscule de la bouche. Je l’ai entendu au moment précis où le mot quittait mes lèvres. Trop tard ! Le sourire en face s’est figé une fraction de seconde, le mien aussi et dans cet intervalle ridicule se sont engouffrés des années d’apprentissage, d’efforts, de précision réduite à une voyelle mal domptée. La langue turque passe son temps à me maltraiter… mais comme on dit : qui aime bien, châtie bien, hé hé ! Alors nous deux on doit s’aimer à la folie et même bien plus encore !

 

Le turc est sans doute la seule langue que je ne maîtriserai peut-être jamais complètement et pourtant elle est celle que je chante par cœur, celle qui me serre la gorge et me met les larmes aux yeux, parce qu’en me résistant, elle m’a rendue plus attentive, plus empathique, plus fragile et plus vivante et c’est à elle que je choisis d’offrir ma déclaration de Saint Valentin, non pas parce qu’elle m’appartient, mais parce que je lui appartiens chaque jour un peu… et je choisis de lui dire merci, çünkü sen beni değiştirmedin, beni genişlettin.

 

 
 
 

1 commentaire


gulayguvercin
14 févr.

İyiki varsın canım arkadaşım ☺️kalemine sağlık 😘

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